En partant de l'actualité, nous avons réfléchi au sens et à la portée que peut avoir la neutralité dans le cadre d'une école riche en cultures et convictions différentes. Nous nous sommes aussi questionnés au sujet de ce qu'il faut entendre par "signe convictionnel". Nous pouvons retenir cette précision : « Signe » vise tout objet, image, vêtement, symbole, plus ou moins visible, qui exprime une appartenance à une conviction religieuse, politique ou philosophique : pour celui qui “émet” le signeet/ou pour celui qui “reçoit” le signe. Exemple: tableau, statue, vêtement (foulard, kipa, turban), croix, étoile de David, main de Fatima, kirpan, sigles politiques etc.
Le cas de Nuran Topal, cette enseignante de mathématiques d'une école communale de Charleroi, nous a permis de confronter nos visions de la neutralité. Nous sommes retournés aux sources, en lisant des extraits du Décret neutralité. Deux passages ont retenu notre attention. La discussion a porté principalement sur deux articles du texte - art. 4 et art. 9.
C'était aussi l'occasion de revenir sur des mots qui doivent faire chair avec la réalité, le vécu d'école : pluralisme, ouverture, respect, liberté d'information. Mais aussi ce qui menace ces mêmes réalités : prosélytisme, intolérance, endoctrinement, discrimination.
Car si les écoles de la Communauté française sont dites « pluralistes », elles ne sont soumises à aucune conviction religieuse ou idéologique particulière. Elles ne sont ni « religieuses » ni « anti-religieuses », car elles ouvrent leurs portes à des élèves et des enseignants de toute confession – y compris, bien entendu ceux qui n’en ont aucune. Pourtant, concernant des cas comme celui de Nuran Topal, on ne peut pas faire l'économie des questions. Respecter les convictions de l'autre, est-ce le laisser les afficher devant l'élève, quand il s'agit d'un enseignant ? Faut-il que chacun manifeste son appartenance pour que l'école soit réellement pluraliste? Cette affichage, cette visibilité doit-il connaître des limites? Comment limiter sans discriminer? Ne pas limiter n'est-ce pas livrer l'école, la classe à toute sorte de "publicités"? N'est-ce pas créer des tranchées, là où le vivre ensemble devrait nous aider à dépasser la logique du groupe, de l'appartenance?
En référence aux textes, nous avons vu que les enseignants de la Communauté française sont tenus de respecter le principe de neutralité. Dans un texte de 1994, le Décret neutralité, chaque enseignant trouvera ce principe auquel il doit se référer. Cela nous rappelle que, en matière de neutralité, l'élève et l'enseignant ne sont pas sur un pied d'égalité. D'une certaine façon, on peut dire que l'élève est plus libre que ne l'est l'enseignant. Ce texte dit ceci :
Article 4. – (…) le personnel de l'enseignement forme les élèves à reconnaître la pluralité des valeurs qui constituent l'humanisme contemporain. En ce sens, il fournit aux élèves les éléments d'information qui contribuent au développement libre et graduel de leur personnalité et qui leur permettent de comprendre les options différentes ou divergentes qui constituent l'opinion. Il traite les justifications politiques, philosophiques et doctrinales des faits, en exposant la diversité des motivations. Il traite les questions qui touchent la vie intérieure, les croyances, les convictions politiques ou philosophiques, les options religieuses de l'homme, en des termes qui ne peuvent froisser les opinions et les sentiments d'aucun des élèves. Devant les élèves, il s'abstient de toute attitude et de tout propos partisans dans les problèmes idéologiques, moraux ou sociaux, qui sont d'actualité et divisent l'opinion publique; de même, il refuse de témoigner en faveur d'un système philosophique ou politique, quel qu'il soit et, en dehors des cours visés à l'article 5, il s'abstient de même de témoigner en faveur d'un système religieux. De la même manière, il veille à ce que sous son autorité ne se développe ni le prosélytisme religieux ou philosophique, ni le militantisme politique organisés par ou pour les élèves.
Article 9. - Tout membre du personnel est tenu au respect du principe de neutralité définie par le présent décret, par le fait même de sa désignation ou de son engagement par un pouvoir organisateur tenu au respect du présent décret. A cette fin, les projets éducatif et pédagogique visés au chapitre VII du décret du 24 juillet 1997 précité sont transmis au membre du personnel pour signature, précédée de la mention «Lu et approuvé».
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